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Credits : unsolicitedexistence.substack

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Dans le débat sur l’industrie pornographique, les chiffres font loi. Le Haut Conseil à l’Égalité (HCE) brandit le chiffre choc de « 90 % de vidéos violentes » pour légitimer une réponse prohibitionniste¹. Mais cette comptabilité spectaculaire produit un effet pervers : en fusionnant dans une même catégorie BDSM théâtral, pratiques érotiques scénarisées et infractions caractérisées, elle noie la spécificité des agressions sexuelles et des viols réels sur les tournages. Plus encore, ce sensationnalisme statistique rend invisible la douleur ordinaire — celle de la pénibilité matérielle et de l'inconfort physiquement monnayé et subi par les actrices.

Pour saisir la violence systémique du secteur, il ne faut pas mesurer des pourcentages abstraits, mais analyser les moments où la représentation déraille. Le trope du « wrong hole » (la pénétration anale « accidentelle ») constitue à ce titre un révélateur sémiotique et politique d'une singulière puissance.

La typologie du trope : de la fiction érotique à la rupture du cadre

Toutes les scènes estampillées wrong hole ne se valent pas, et leurs fonctionnements au sein du dispositif audiovisuel doivent être rigoureusement distingués :

  • Le motif scénarisé : Dans une large partie de la production, la « fausse erreur » est un code érotique entièrement anticipé. Il n'y a pas de surprise ni de douleur brute ; l'actrice surjoue l'étonnement ou la feinte détabouisation pour alimenter un fantasme d'imprévu.
     
  • La contrainte masquée ou intégrée : Dans d'autres séquences, la pénétration anale présentée comme non préparée survient réellement — ou s'inscrit dans le cadre d'une pénétration anale antérieure —, mais l'actrice encaisse la gêne, ne montre pas de douleur manifeste ou feint le plaisir pour maintenir la continuité de la performance et satisfaire aux exigences du plateau.
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  • La rupture manifeste : Le véritable basculement survient lorsque la douleur physique est trop vive pour être intégrée au jeu. L'actrice cesse brusquement de jouer, casse son personnage et sort de la diégèse.
Le mirage qui vole en éclats : la chair et la domination

Lorsque la douleur manifeste surgit, la vidéo semble perdre instantanément son simple statut d'artefact virtuel ou de simple fiction multimédia². Dès que l'on prend cette distance critique, le mirage s'effondre pour laisser place à une réalité matérielle crue : le porno est fait avec de la chair d'actrices.

Ce déraillement tend un miroir brutal au spectateur masculin. Arraché à l'amnésie confortable du divertissement, il se retrouve confronté à sa propre position de consommateur et aux rapports de force à l'œuvre. Le surgissement de la souffrance met à nu la grammaire patriarcale du genre et les structures de pouvoir homme/femme : une asymétrie stricte où l'homme est le sujet agissant qui donne ou s'impose (« baise »), tandis que la femme est l'objet subissant (« se fait baiser »)³,.

Lorsque le dispositif continue d'enregistrer, d'érotiser ou d'éditer cette douleur sans interruption du tournage, la représentation ne basculerait-elle pas directement dans la culture du viol et autres formes de domination ? Est-ce que la véritable violence ne résiderait pas, non pas dans des statistiques gonflées, mais dans ce moment très précis où le corps souffrant signale son épuisement et où l'industrie choisit d'en faire une marchandise ?


¹ Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE), Rapport n° 2023-09-27-VIO-058/59 sur l'industrie pornographique, 2023. Sur la critique du chiffrage globalisant et du risque d'invisibilisation des atteintes spécifiques au consentement pénal (Art. 222-23 C. pén.).

² Paasonen, Susanna, Carnal Resonance: Affect and Online Pornography, MIT Press, 2011. Sur l'intensité affective et les modalités d'excès dans la pornographie numérique.

³ Mulvey, Laura, « Visual Pleasure and Narrative Cinema », Screen, vol. 16, n° 3, 1975. Concept de male gaze et d'asymétrie structurelle entre le sujet agissant et l'objet subissant.

Garcia, Manon, On ne naît pas soumise, on le devient, Éditions Climats, 2018. Sur l'analyse de l'asymétrie des rôles de pouvoir et la construction sociale de la soumission.


 

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